Les constructeurs automobiles américains pressent le Congrès d’interdire les voitures chinoises et leurs technologies connectées aux États-Unis.
Les principaux constructeurs automobiles représentés aux États-Unis demandent au Congrès d’agir rapidement pour interdire définitivement les véhicules chinois sur le marché américain. L’Alliance for Automotive Innovation, qui représente notamment General Motors, Ford, Toyota, Volkswagen, Hyundai, Honda et Stellantis, souhaite que le législateur adopte une nouvelle loi avant la fin de l’année. Cette initiative intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la compétitivité de l’industrie automobile chinoise et de la sécurité des véhicules connectés.
Dans une lettre adressée jeudi au Congrès, le directeur général de l’organisation, John Bozzella, estime que les constructeurs chinois diffusent à l’échelle mondiale des véhicules bénéficiant de subventions et intégrant des logiciels et matériels connectés. Selon lui, cette situation ne concerne pas encore directement le marché américain, mais son ampleur justifierait une réponse rapide. L’Alliance demande ainsi l’adoption d’une interdiction portant sur les véhicules chinois, mais également sur certains logiciels et matériels associés.
Le débat dépasse donc la seule question des importations automobiles. Les véhicules modernes intègrent de nombreux systèmes électroniques et de communication, notamment le Bluetooth, le Wi-Fi, la connectivité cellulaire et certaines technologies de communication par satellite. Les autorités américaines considèrent que ces équipements peuvent soulever des enjeux de sécurité nationale en raison de la capacité des véhicules à collecter des données sensibles concernant leurs propriétaires.
Un projet de loi déjà approuvé au Sénat
La demande des constructeurs intervient alors qu’une première étape législative a déjà été franchie. En juillet, le Comité du commerce du Sénat a approuvé un texte destiné à renforcer l’interdiction gouvernementale visant l’entrée des constructeurs automobiles chinois sur le marché américain. Le projet doit cependant encore franchir plusieurs obstacles avant une éventuelle adoption définitive.
Pour l’Alliance for Automotive Innovation, une adoption rapide permettrait d’envoyer un signal politique clair face aux ambitions de la Chine dans l’industrie automobile mondiale. John Bozzella estime qu’une telle législation montrerait que les États-Unis considèrent la stratégie chinoise de domination de la fabrication automobile comme un enjeu relevant de la sécurité nationale.
L’Alliance avait déjà demandé en juillet au comité sénatorial de préciser le champ d’application du texte. Elle souhaitait notamment empêcher explicitement le Département du Commerce d’accorder certaines autorisations à des constructeurs chinois comme BYD, Chery ou SAIC Motor pour fabriquer, vendre ou importer aux États-Unis des véhicules connectés.
Le projet de loi est porté par le sénateur républicain de l’Ohio Bernie Moreno et la sénatrice démocrate du Michigan Elissa Slotkin. Il vise notamment à inscrire dans la loi une réglementation mise en place sous l’administration Biden. Cette réglementation interdit effectivement aux constructeurs automobiles chinois de vendre ou de construire des véhicules de tourisme aux États-Unis et prévoit également d’autres mesures destinées à limiter l’accès de la Chine au marché américain des véhicules légers.
Le texte fait toutefois face à certaines difficultés techniques et politiques. Ted Cruz, président du Comité du commerce du Sénat, a notamment souligné qu’une disposition concernant les entreprises détenues à plus de 15 % par des entités chinoises pourrait avoir des conséquences sur des constructeurs qui ne sont pas chinois.
Mercedes-Benz et Polestar au cœur des débats
La question de la propriété chinoise illustre la complexité du projet de loi. Ted Cruz a ainsi déclaré qu’une disposition prévoyant une interdiction pour les entreprises dont plus de 15 % du capital est détenu par des entités chinoises empêcherait Mercedes-Benz de vendre des véhicules aux États-Unis. Le constructeur allemand possède en effet un investissement chinois passif proche de 20 %, selon les éléments cités dans le texte source.
Le président du Comité du commerce du Sénat estime que des modifications sont donc nécessaires avant que le projet puisse devenir une loi. Cette situation montre que la définition du périmètre de l’interdiction constitue l’un des principaux enjeux du débat parlementaire.
Le cas de Polestar ajoute une autre dimension au dossier. En juin, la marque de véhicules électriques a indiqué que l’administration Trump la contraignait à cesser de vendre des véhicules aux États-Unis à partir de l’année-modèle 2027. Polestar est basée en Suède, mais elle est majoritairement détenue par Geely Holding, un groupe chinois.
Le débat américain porte ainsi autant sur l’origine des véhicules que sur la structure de propriété des entreprises et sur les technologies intégrées aux automobiles. Les véhicules électriques et les voitures connectées sont particulièrement concernés en raison de leur forte dépendance aux logiciels, aux systèmes électroniques et aux moyens de communication.
La Chine rejette pour sa part cette offensive législative. L’ambassade chinoise à Washington a déclaré s’opposer à cette initiative et affirme que Pékin a supprimé les restrictions d’accès au marché concernant les investissements étrangers dans la fabrication. Elle souligne également que la Chine reste ouverte aux constructeurs automobiles internationaux qui souhaitent participer à son marché.
Des marques comme Tesla, Buick, Toyota et Ford sont déjà implantées ou connues des consommateurs chinois, ce qui constitue l’un des arguments avancés par Pékin dans ce débat.
La voiture connectée au centre des préoccupations
Au-delà de la concurrence commerciale, les autorités américaines mettent l’accent sur les risques potentiels liés aux données collectées par les véhicules modernes. Les technologies Bluetooth, Wi-Fi et cellulaires, ainsi que certaines solutions de communication par satellite, sont visées par les règles évoquées dans le dossier.
Ces systèmes permettent aux automobiles contemporaines de communiquer avec des réseaux, des smartphones et différents services numériques. Les préoccupations de sécurité nationale portent notamment sur leur capacité à recueillir des informations sensibles concernant les propriétaires américains.
L’Alliance for Automotive Innovation considère que la présence croissante de véhicules chinois connectés sur les marchés internationaux justifie donc une intervention avant leur éventuelle arrivée à grande échelle aux États-Unis. Son appel au Congrès intervient parallèlement au développement des constructeurs chinois dans plusieurs régions du monde.
La question est d’autant plus sensible que les constructeurs chinois combinent désormais véhicules électriques, logiciels embarqués et systèmes de connectivité. Pour les constructeurs représentés par l’Alliance, cette combinaison pourrait constituer à la fois une menace industrielle et un enjeu de sécurité.
Le Congrès doit néanmoins encore résoudre plusieurs difficultés avant une adoption définitive. Le texte approuvé par le Comité du commerce du Sénat doit franchir les différentes étapes législatives, tandis que certaines dispositions nécessitent des modifications selon Ted Cruz.
Le débat américain s’inscrit donc dans une volonté plus large de limiter l’accès de l’industrie automobile chinoise au marché des véhicules légers. Les mesures envisagées ne concernent pas uniquement les voitures importées, mais également la production locale, les logiciels, les équipements électroniques et les technologies de connectivité.
Pour les constructeurs automobiles chinois, l’accès au marché américain devient ainsi un enjeu réglementaire majeur. Pour leurs concurrents américains, européens, japonais et sud-coréens, le dossier constitue également une question de concurrence et de protection du marché. La décision du Congrès devra enfin déterminer précisément quelles entreprises, technologies et structures de propriété seront concernées par les futures restrictions.


13 commentaires
Ils ont bien raison.
Ils ont raison, les Chinois ne jouent pas le jeu : subventions olympiennes, distorsion de concurrence, espionnage industriel, menaces militaires.
La nationalisme c’est la guerre disait Jaurès. La Chine est un état communiste, elle devrait savoir écouter les grands hommes de gauche.
La chine n’est plus communiste dans son fonctionnement depuis très longtemps.
elle n’en a gardé que les pires avatars: structure illibérale, contrôle de la population, parti unique, répression policière et espionnage institutionalisé.
Seul point ou nous pouvons lui faire crédit, la planification d’état, qui fixe des objectifs (et les tient!) pluriannuels sur l’économie, les grands travaux, la modernisation du pays. grâce à cela, la Chine est première en:
– raffinage des Rees
– production de batteries électriques
-production de panneaux solaires, d’éoliennes, centrale atomique, électroménagers divers et désormais l’automobile.
première également en émissions de CO2, ce que beaucoup de journalistes oublient
Première également en executions (à priori l’Iran passera devant cette année, quel dommage)
Ils ont raison ! Les Chinois copient Porsche, Land Rover et bien d’autres marques. Objectif réduire à néant la concurrence. Les Chinois subventionnent massivement, alors taxons massivement et bannissons les copies !
Si nous faisions de même, la réaction chinoise serait très violente, comme aujourd’hui avec la fast-fashion !
l’UE taxe fort les voitures chinoises
ils ont raison, il faut qu’on arrete de se faire envahir par des voitures subventionnées
Pour info l’UE va interdire les onduleurs chinois, succeptibles de perturber le réseau électrique. Quand on veut
Je travaille chez un sous-traitant automobile. Ces dernières années, nous avons vu un nombre croissant de marques chinoises s’intéresser à nos innovations afin de « développer de grands projets ». À chaque fois, ces marques ne paient pas, mais surtout une fois qu’elles ont obtenu nos idées, elles disparaissent. Pourtant, obligées de respecter des clauses de confidentialité, elles ne le font pas et quelques années plus tard, nous les voyons sur les réseaux sociaux revendiquer des innovations qui sont en fait les nôtres. Il est urgent de ne plus travailler avec les Chinois !
ils vont vous massacrer : évidement pas de respect de la propriété intellectuelle, espionnage (pas certain mais de gros risques), copie mais simplement des volumes de production faramineux, des entreprises subventionnées y compris chez les sous traitants.
La rupture technologique des VE a supprimé leur retard sur les motorisations.
On voit qu’ils ne sont pas au niveau sur les trains roulants, mais c’est le seul point où ils ont du retard et je pense que ça ne sera pas difficile de se mettre au niveau
Ils écrasent la concurrence en volume dans les VE, même VW qui a tant investi dessus est un nain.
Seul tesla a ses 2 modeles dans le top 10 mondial des VE
Ils inondent des marchés des pays pauvres qui basculent évidement en full électrique
Adam Smith n’aimerait pas mais il va falloir mettre de sacrées barrières douanières si on veut sauver la plus grosse industrie européenne. De plus Xi Xiping a bien compris que sa stratégie sur les VE était bonne et met le paquet. Biden l’a compris et a fermé son marché aux voitures chinoises (100% de droits de douane)
Si on n’avait pas d’industrie automobile il faudrait logiquement ouvrir notre marché aux voitures chinoises, mais l’UE est une terre de constructeurs, on ne peut pas…
C’est marrant, il y a dans la liste des constructeurs de cette alliance plusieurs éléments qui dans le même temps veulent partager ou vendre leurs usines européennes avec ces mêmes constructeurs chinois. Cherchez l’erreur.
Et le nom de l’alliance lui même est une farce, avec ce nom qui finit par « Innovation » et dont les membres se battent pour que rien ne change…
l’objectif aux USA est de plaire au monarque. En Europe, c’est de faire du fric à tout prix grace aux VEs qu’ils sont incapables de développer eux-memes.
Un qui ne doit pas rire c’est Musk avec son usine à Shanghai
amazon: tesla n’est pas impacté : l’usine tesla de Shangai est principalement pour le marché chinois, et un peu pour l’europe. Les Etats Unis sont alimentés par des usines tesla aux Etats Unis
Ce n’est pas tout simplement TROP TARD ?
OK sur le principe… mais il faudrait que toute l’Europe suive plus l’UK.
… avec ces Allemands qui cirent les pompes à leurs clients… même s’ils ont perdu 40 % de leurs clients.
Les composants chinois sont partout dans nos marques européennes !
Il fallait décider ça en 2010…
Maintenant : bon courage !