Volkswagen, Stellantis et Renault rebondissent en Bourse après leurs résultats, mais la concurrence chinoise fait douter les investisseurs de la reprise.
Les constructeurs automobiles européens respirent, sans pour autant sortir d’affaire. Cette semaine, les actions de Volkswagen, Stellantis et Renault ont profité de la publication de leurs résultats du troisième trimestre pour interrompre une vente punitive, que ce soit grâce à des offensives de modèles électriques ou à des mesures de restructuration radicales. Stellantis a ainsi gagné 15 % en une seule séance mercredi, portée par la confiance qu’il pourrait dépasser ses objectifs de réduction des coûts, tandis que Volkswagen et Renault remontaient légèrement depuis des niveaux plus bas depuis plusieurs années. Mais l’indice automobile européen reste à des niveaux inédits depuis fin 2020, lorsque la pandémie avait perturbé les chaînes d’approvisionnement et la demande. Selon Reuters, la reprise complète demeure insaisissable, car la mutation des marchés et l’érosion de la compétitivité brouillent les perspectives à long terme du secteur.
La Chine bouscule les fondamentaux de l’industrie
Les constructeurs européens tentent aujourd’hui de rattraper des acteurs chinois comme BYD et Geely, qui ont pris de l’avance dans la transition vers le véhicule électrique et fixé de nouvelles normes en matière de compétitivité des coûts et de logiciels embarqués. Les chiffres illustrent le basculement : en 2021, lorsque l’action Volkswagen était à son apogée, les constructeurs chinois détenaient une part négligeable du marché européen. À la mi-année, cette part dépassait 10 %. Pendant ce temps, la valeur boursière de Volkswagen a fondu d’environ trois quarts, sous la pression notamment des problèmes tarifaires.
Pour Philippe Houchois, analyste chez Jefferies, « les fondamentaux de l’industrie, en termes de pression concurrentielle, se détériorent ». Il estime que les Chinois prennent trop de parts de marché, sur leur marché intérieur comme à l’étranger, pour donner aux investisseurs une visibilité sur le niveau plancher. Massimo Baggiani, de Niche Asset Management, dont le portefeuille inclut Renault, BMW, Mercedes, Volkswagen et Stellantis, évoque un fort scepticisme et peine à identifier un catalyseur clair pour une reprise soutenue.
Bruxelles sollicité, restructurations à grande échelle
Face à la pression des importations chinoises à bas prix, Volkswagen, Stellantis et Renault ont demandé l’aide de Bruxelles, dans le cadre des négociations sur les incitations à la fabrication locale. Le PDG de Renault, François Provost, a averti : « Les marchés financiers estiment que si l’Europe ne décide pas d’urgence de soutenir l’automobile, alors les Chinois continueront à importer des voitures et à la fin cette industrie mourra. » Il presse l’Union européenne de trancher sans attendre.
Les groupes durcissent aussi leurs plans internes. Volkswagen mène la plus vaste restructuration de son histoire, avec la suppression d’environ 100 000 emplois et la possible fermeture d’usines en Allemagne. Stellantis, propriétaire de Fiat, Peugeot et Jeep, mise sur une série de nouveaux modèles, une stratégie de marque renouvelée et des partenariats avec des constructeurs chinois.
Une industrie « zombie » ou une vente excessive ?
Certains investisseurs jugent la décote exagérée. Malgré des années de baisse, Volkswagen, Stellantis et Renault contrôlent d’immenses actifs industriels et affichent des bilans qui se comparent favorablement à ceux de nombreuses entreprises mieux valorisées. Baggiani souligne en outre que des sommes massives de capitaux affluent vers l’intelligence artificielle, au détriment d’autres secteurs, dont l’automobile, qui souffre plus qu’il ne le devrait.
Houchois reste toutefois prudent : ce répit pourrait seulement faire gagner du temps face au changement structurel. Le résultat serait, selon lui, « une industrie zombie : elle est vivante, mais elle peut survivre comme ça pendant longtemps ».
Notre avis, par leblogauto.live
Le rebond boursier de Stellantis, Volkswagen et Renault montre que les marchés récompensent les plans de réduction des coûts, mais il ne règle pas la question de fond de la compétitivité face aux constructeurs chinois. La progression des marques chinoises, d’une part négligeable en 2021 à plus de 10 % à la mi-année, explique l’inquiétude des investisseurs. L’appel de Renault et de ses pairs à une décision rapide de Bruxelles confirme que le secteur attend un soutien politique. Reste à savoir si les restructurations engagées suffiront à restaurer les valorisations d’autrefois.

